Les chansons poétiques de Patrick Dewez au château Mottin

Le talentueux P. Dewez
sur notre photo
 
La carte de visite de ce chanteur liégeois annonce la couleur : trente ans, compositeur depuis dix ans, musicien accompagnateur de collègues ou de lui-même, sensible, poète nonchalant tantôt guilleret tantôt torturé, à la conquête patiente d'un public sans rien concéder aux contraintes du show-business... bref un authentique talent d'artiste !
Ce genre de tempérament ne ferait-il plus recette pour l'heure ? On pourrait le croire en mesurant l'assistance relativement clairsemée des spectateurs à son récital. Pourtant, dans une atmosphère forcément intimiste, on peut en apprécier, des valeurs, à l'écoute de ce musicien dynamique, de ce chaleureux poète, seul avec sa guitare et quelques complices dont Jean-Luc Swinnen et Fiore pour le son et les éclairages ! C'est sur un rythme bien personnel qu'il fait jouer ses mots : "Sorcier, sorcier, la vie commence à m'ennuyer ; la vie, la vie, c'est pourtant pas sorcier, sorcier grand sachem !".
Sur une musique limpide, il coule de fréquentes métaphores aquatiques. Autobiographiques, ses chansons, vraies et discrètes, nous parlent aussi d' "elle" qui "l'emmène dans ce monde où l'on se noie dans les eaux des fontaines". Pour exprimer l'amour, les phrases de la vie quotidienne prennent une âme grâce à un support musical adapté. Sa voix, par exemple, s'infléchit pour confier : "Je t'attends dans le noir ; pourtant j' veux rien savoir si ce n'est le temps qu'il fait dans tes jardins secrets". Quant à sa guitare, elle s'emballe quand il parle de ses chansons : "Moi, j' les trouvais jamais finies. Elle les trouvait plutôt jolies. Qu'est-ce que j' l'aimais... Quand elle mentait !".
Il ne déçoit jamais, Patrick Dewez, et la meilleure de ses compositions, c'est peut-être la dernière, "Les grands boulevards", dans laquelle s'élabore, dans le vécu des structures simples, une étonnante créativité  "circulatoire" : "J'ai plus le temps, j'ai plus le coeur à rebrousser chemin ; je prends ma place pour l'échangeur où je n'échange rien !".
De la bonne chanson donc, mais pour quelques privilégiés. Gageons qu'ils seront plus nombreux la prochaine fois...
J.-P. M. · Vers l'Avenir