D'emblée, je souhaite préciser que le titre "auteur-compositeur-interprète" ne me satisfait pas vraiment. Les anglos-saxons disposent, pour désigner celui qui écrit des chansons, d'un terme plus précis et plus humble à la fois : "songwriter". Si le terme "chansonnier" était à la mode à une certaine époque, il a aujourd'hui une connotation à la fois démodée et désuette. Je regrette que, malgré sa richesse, la langue française ne dispose pas d'un terme plus approprié et plus intemporel.

En bref...

De 1978 à 1990, j'enregistre plusieurs disques en tant qu'auteur-compositeur avec notamment Ch. Loos, S. Houben, S. Martini et T. Crommen. Quelques chansons comme "Les trottoirs de Manille" (qui reçoit, en 1982, le grand prix de la Commission Française de la culture), "Babylone" et surtout "Cinéma dans ta tête" récoltent un franc succès au niveau des radios. A cette même époque je donne de nombreux concerts, participe à des émissions télévisées, me produit en première partie de Pierre Rapsat et de Maxime Le Forestier. En 1990, je compose et réalise, avec le dessinateur F. Walthéry, le conte musical "Natacha - Mambo à Buenos Aires" auquel participent Renaud, Toots Thielemans et bon nombre de musiciens belges parmi lesquels Jacques Stotzem. Actuellement, j'exerce la fonction de directeur au sein de l'ASBL Diapason, une école de guitare, que j'ai fondée en 1995 à Liège.

En détails...

En 1978, sort un premier 45 tours :  "Feu les torrents"
 
J'ai un peu moins de 20 ans. Philippe Luthers, qui présente alors Liège Matin lui réserve un accueil enthousiaste, mais la chanson est loin d'être programmée à l'échelon national. Elle retient toutefois l'attention d'un autre Philippe... qui travaille à Namur à l'époque ; il s'agit de Philippe Longtain qui me programme régulièrement et m'invite à chanter en direct dans son émission. Je me dois ici d'insister sur la fidélité dont Philippe Longtain fera preuve à mon égard tout au long de mon parcours. Je lui dois aussi ma première grande scène puisqu'il me programme en 1979 en première partie de Jean-Michel Caradec. Habitué aux petits cabarets, j'ai un trac fou, car Caradec, qui est d'environ 10 ans mon aîné, est une vedette... Ce qui veut dire que la salle est grande et qu'il y a beaucoup de monde. Si ma voix tremble un peu dans la première chanson, je me ressaisis rapidement et assure sans problème. Je garde de ma rencontre avec Caradec un souvenir qui m'émeut encore aujourd'hui tant le courant est immédiatement passé entre nous, depuis les émissions radio que nous avons faites ensemble avant le concert jusqu'à la fin de la soirée.
Caradec était pour moi un exemple. J'aimais sa voix, sa façon d'exercer son métier et sa simplicité naturelle. Nous avons gardé le contact après le concert et il m'a proposé de m'accueillir chez lui à Paris. La vie ne nous a pas laissé le temps de nous revoir puisqu'il est décédé dans un stupide accident de la route en 1981. Je ne l'ai vraiment connu qu'un seul jour et il me manque toujours... 30 ans après.
En 1981, sort un deuxième 45 tours "La route à contre-vent" et "Pinocchio" qui suit un peu la trajectoire du premier avec quelques passages TV en plus. Je continue bien sûr à me produire aussi souvent que possible dans les cabarets et parfois dans de plus grandes salles en première partie de Pierre Rapsat par exemple. Comme beaucoup d'autres chanteurs, je rencontre alors de gros problèmes de distribution... Entendez par là qu'il faut bien chercher pour trouver mes disques chez les disquaires.
En 1982, ça bouge un peu dans tous les sens. Jacques Lefèbvre me propose de participer au concours de la chanson wallonne et m'écrit 2 textes que je mets en musique. La finale a lieu à Mouscron et est retransmise en direct à la RTB ; je reçois le grand prix, le prix de la presse et une coquette somme d'argent que j'investis aussitôt dans du matériel. Dans la foulée, la RTB m'invite à enregistrer les 2 chansons gagnantes dans les studios de Liège, ce qui donne naissance à un troisième 45 tours. Parallèlement je continue à travailler mes chansons en français et j'écris "Les trottoirs de Manille". Cette chanson qui est inspirée d'une émission diffusée à la télé française, aborde le scandale du tourisme sexuel aux Philippines. D'autres artistes y feront allusion par la suite, mais soyons justes ou simplement "chronologiques" : je suis le premier à aborder ce sujet délicat dans une chanson. "Les trottoirs de Manille" décroche cette même année le grand prix de la Commission Française de la culture qui s'accompagne de 80.000 FB grâce auxquels j'enregistre un quatrième 45 tours avec "Psychose" en face B. Le disque, enregistré dans de bonnes conditions avec de bons musiciens, plaît aux programmateurs radio, à la presse écrite et à un public plus large. Côté scène, ça ne se passe pas trop mal non plus. Je commence à me produire un peu partout en Wallonie et à Bruxelles.
C'est au cours de cette même année 1982 que je rencontre Salvatore Adamo qui, séduit par "les trottoirs de Manille", m'invite à une émission radio présentée par Roger Simons et à une émission TV qui lui est consacrée.
En 1983, je suis sélectionné pour représenter la Belgique au festival de Spa
 
(grâce à la chanson "Les trottoirs de Manille"). Hélàs, je ne reçois aucun prix. Avec le recul, je me rends compte que j'ai participé à ce concours trop tôt. C'est un concours aux enjeux bien réels dans lequel le poids des maisons de disques se fait sentir et je n'ai pas de maison de disques. J'ai à peine 25 ans et la plupart des autres candidats ont pratiquement 10 ans de métier en plus...
Au printemps 83, je me produis au centre Wallonie-Bruxelles à Paris. Je partage un spectacle au théâtre de l'Etuve avec le chanteur Pierre Martin (un autre copain qui nous a quittés à même pas 50 balais). Nous partons jouer une semaine à Lausanne accompagnés de Jean-Paul Résimont aux claviers et Stéphane Martini à la guitare. On travaille en s'amusant et on fait salle comble 4 soirs. Bon, d'accord, le théâtre fait 60 places...
Cette même année, la RTBF me propose une prestation de 40 min au théâtre de la place de Liège, laquelle est retransmise en direct à la télé sur la première chaîne. Ce concert, où je suis accompagné par 4 musiciens, se déroule dans le cadre du concours de la chanson wallonne pendant la délibération du jury. Je ne garde pas de cet épisode un souvenir inoubliable tant le son était de piètre qualité dans la salle, sur scène et à l'écran. J'ai été contraint de remettre l'antenne et la charmante speakerine de l'époque est revenue faire des excuses aux téléspectateurs. Lorsque l'antenne nous a été rendue après un bon quart d'heure, c'est à peine si les choses s'étaient arrangées. J'étais très déçu car ce n'est pas tous les jours qu'un face au public retransmis en direct vous est proposé. Certains extraits mis à part, cet enregistrement est inutilisable. Si j'ajoute à ce concert d'autres prestations dont je n'ai pas de copie (festival de Spa, concours de la chanson wallonne à Mouscron etc…), il y a environ 90 min de prestations télévisées dont aucune trace ne figure sur ce site.
En 1984, je continue à jouer et j'accompagne à la guitare mon camarade Jacques Lefèbvre qui écrit en français et en wallon et avec qui je jouerai beaucoup sur scène et en studio, et ce jusqu'à ce qu'il nous quitte. Jacques est le seul chanteur que j'aie accepté d'accompagner régulièrement. Il avait des tripes et une voix. C'était pour moi un exemple absolu de sincérité. Nous avons écrit quelques chansons ensemble : Jacques écrivait les textes et moi les musiques. Notre plus belle réussite est probablement "Pitite mame" et aussi "Li supporter" (cette dernière n'ayant jamais été gravée sur disque). Je pense que c'est durant l'été 1986 que nous sommes allés jouer devant 7.000 personnes à Marrakech à l'occasion du festival d'été. Que de chouettes souvenirs ! (nous avons passé une semaine à nous réveiller mutuellement avec nos ronflements. Ne riez pas ! Cela crée des liens...).
En 1985, cinquième 45 tours : "Katy" et "Cinéma dans ta tête". "Cinéma dans ta tête" est, de toutes mes chansons, celle qui a été la mieux accueillie par les médias. Je ne pense pas que ce soit la meilleure, mais c'était peut-être celle qui était la plus apte à séduire un large public. Il m'arrivait de l'entendre à Liège Matin à 8h, à Bruxelles Matin une heure plus tard, à Radio 21 vers 16h et encore une fois vers 18h, à l'heure où les automobilistes rentrent chez eux. Cela représente pas mal d'auditeurs... Je pense que ma recontre avec Philippe Lafontaine est l'élément déclencheur de cette large diffusion. A l'époque, Il n'avait pas encore composé "coeur de loup", mais il était déjà très connu à la grande maison boulevard Reyers et à RTL. Il m'a proposé de prendre ce 45 tours dans son catalogue d'éditeur. Quand une telle proposition vient de Lafontaine, on ne la refuse pas. Ce qu'il m'a apporté n'a pas de prix. Il faut savoir que, s'il est encore peu connu à l'époque, c'est déjà Lafontaine avec cet énorme talent et ce respect qu'il inspire dans le métier. Quand on se rencontre en 85, je suis fan de lui depuis plusieurs années déjà. Le fait qu'il présente mon disque m'a ouvert des portes... Les programmateurs n'auraient bien sûr pas diffusé le disque s'ils ne l'avaient pas apprécié, mais pour qu'ils l'apprécient, il fallait qu'ils l'écoutent... Philippe m'a invité à son spécial "Couleur nuit" en direct du Botanique. Je lui "renverrai l'ascenseur" 2 ans plus tard, lorsqu'à mon tour je serai l'invité principal de cette émission. Je ne tarirai jamais assez d'éloges pour Philippe Lafontaine. C'est, à mon sens, un des auteurs-compositeurs-interprètes les plus inventifs qui soient.
Le sixième 45 tours "Babylone" et "les Bermudes" suit les traces du précédent. Je participe à des émissions TV plus "branchées" comme "Cargo de nuit" à la RTB où je suis invité à me produire en direct avec mes musiciens.
C'est en 1988 que sort mon premier album "Les eaux des fontaines"
 
L'album est très bien accueilli par les médias et les organisateurs de spectacles. C'est, accompagné par Thierry Crommen au sax et à l'harmonica, que j'assure en 1989 la première partie de Maxime Le Forestier. A la sortie des "eaux des fontaines", je décide, pour la première fois, d'envoyer mon disque aux radios françaises. Je sélectionne une vingtaine de radios officielles sur base de critères que je qualifierai d'arbitraires. L'accueil que Radio-France Quimper réserve à ce disque dépasse toutes mes espérances : les responsables m'appellent en me disant que mon album a été plébiscité par les auditeurs et est devenu le disque de la semaine. Ils me proposent de réaliser une interview par téléphone en direct, ce que j'accepte évidemment. Vu la teneur des questions et des commentaires de l'animateur, je constate qu'il connaît vraiment bien l'album et l'apprécie beaucoup. Sacrés bretons ! Cela fait drôlement plaisir.
Peu après, je suis contacté par Monique Le Marcis (RTL) à qui j'ai également envoyé un exemplaire de mon disque. A l'époque, elle fait partie des 4 ou 5 personnes en France à pouvoir décider du succès d'un disque et de la carrière d'un artiste. Malgré l'intérêt qu'elle porte à mon album, cela n'aboutit finalement à rien, car je ne suis pas signé par une maison de disques en France. Epris de liberté, je ne ferai rien pour remédier à cet état de fait et continuerai à m'autoproduire.
"Les eaux des fontaines", "Ile" et "Katy" sont les 3 chansons de l'album les plus programmées. Ces deux dernières ont pourtant été enregistrées très simplement puisqu'une seule guitare accompagne la voix. Enregistrer guitare et voix simultanément a quelque chose de grisant dans la mesure où la voix repasse dans le micro guitare et inversement. Autrement dit, si un petit passage n'est pas juste ou ne me plaît pas, je ne peux pas refaire uniquement ce passage, je dois tout recommencer. J'aime cette façon de travailler sans filet. Inutile de vous dire qu'à l'époque les correcteurs de justesse n'existaient pas.
"Une autre vie" a été enregistrée au studio "Icp" dans le même esprit : Charles Loos était au piano dans une pièce et moi dans une autre, je le voyais à travers une vitre. Comme pour "Katy" et "Ile", il n'a fallu qu'une seule prise. Steve Houben a enregistré de la même manière la piste de sax soprano et celle de flûte traversière.
Une autre vie   Ecoute
     
Début 1989, je me lance dans un projet de grande envergure : le conte musical "Natacha - Mambo à Buenos Aires"
 
qui réunira, autour du dessinateur François Walthéry, Renaud, Toots Thielemans et le gratin du jazz belge. Réaliser un tel projet n'est pas chose aisée, les deux premières difficultés consistant à réunir les fonds et obtenir les autorisations nécessaires. Convaincre les diffuseurs s'est avéré tout aussi compliqué, car le concept (1 BD présentée conjointement avec 1 CD) était particulièrement original pour l'époque. A cela venaient s'ajouter deux autres difficultés :
1. ce conte musical devait-il être distribué chez les libraires ou les disquaires ?
2. devions-nous appliquer 1 taux de TVA de 19% pour le CD et de 6% pour la BD ? ... La réponse fut oui.
Finalement, ce conte est sorti en Belgique et en France en 1990 pour les fêtes de fin d'année, dans les librairies. Deux ans de travail auront ont été nécessaires pour mener à bien cette aventure passionnante. C'est aussi le projet pour lequel j'aurais porté le plus de casquettes différentes puisque j'étais présent à toutes les étapes, depuis la création jusqu'à la production et réalisation proprement dites.
Zénobe   Ecoute   interprété par RENAUD (paroles : P. Dewez, musique : R. Grahame)
         
Dans les années 90, j'ai repris le chemin de la scène tout en développant une idée qui me tenait à coeur : ouvrir une école de guitare à Liège.
Cette idée ne m'est pas venue du jour au lendemain ; il faut savoir que par le passé j'avais souvent été amené à donner des cours de guitare d'accompagnement. Après avoir constaté qu'il existait à Liège une réelle demande pour cet instrument, j'ai donc eu envie de créer une école orientée vers des styles musicaux variés ne figurant pas au programme des Académies et Conservatoires.
En 1995, l'asbl Diapason était née et en 1997, elle était reconnue par le Ministère de la Région wallonne. Les cours que nous proposions ont très vite attiré un large public. Après avoir commencé avec Marc Salvatore (qui est toujours mon collègue aujourd'hui), l'asbl a pu engager 2 professeurs supplémentaires : Philippe Doyen et Stéphane Martini.
Je n'avais jamais imaginé que cette école prendrait une telle ampleur et qu'elle serait en 2012 plus vivante que jamais.
J'ai oublié de qui était cette belle phrase que j'ai lue un jour : "c'est bien la moindre des choses qu'un homme puisse faire que de rendre au moins ce qu'il a reçu".
 
     
J'espère, au travers de Diapason, avoir appliqué un peu cette philosophie car, en ce qui me concerne, je dois tout à la guitare.